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Portrait - Nadia OULAHAL, de la recherche appliquée à la recherche fondamentale

Enseignant-chercheur sur le site de Bourg en Bresse de l’IUT Lyon 1 (01)

L’E-grain de Sel : Nadia OULAHAL, quel est votre parcours ?

Après un Bac STL, j’ai enchainé par un DUT en Génie Biologique à Lyon IUT 1, une école d’ingénieur (Polytech à Clermont-Ferrand) et un DEA. J’ai réalisé mon stage de DEA puis ma thèse sur le thème de l’hygiène des surfaces en production alimentaire au sein d’un centre technique et du laboratoire de recherche de l’IUT Lyon 1 implanté sur le technopole Alimentec . Cela fait ainsi désormais 20 ans que je suis arrivée sur le technopole.

Aujourd’hui je suis enseignant-chercheur sur le site de Bourg en Bresse de l’IUT Lyon 1. En tant que maître de conférences, j’enseigne la microbiologie et la biochimie à de futurs cadres techniques du secteur agro-alimentaire et coordonne le pôle de compétences en microbiologie du laboratoire BIODYMIA (BIOingénièrie et Dynamique Microbienne aux Interfaces Alimentaires) implanté sur le technopole ALIMENTEC.

Mon métier consiste donc à former des étudiants y compris des doctorants dont je dirige les travaux dans le cadre du laboratoire, monter des projets de recherches et gérer la vie du laboratoire. Mon souhait à travers ces activités est de faire partager ma passion pour la microbiologie des aliments qu’il s’agisse d’éviter que ceux-ci soient contaminés par des micro-organismes les altérant ou même susceptibles de représenter un danger pour les consommateurs que nous sommes ou d’apprécier la contribution des micro-organismes d’intérêt technologique à la construction des qualités uniques de produits fermentés traditionnels.

L’E-grain de Sel : Quelle est votre actualité ?

Nous avons pour mission, au sein de BIODYMIA, de travailler tant sur la recherche fondamentale qu’appliquée. Je ne vois d’ailleurs pas d’opposition entre ces 2 formes de recherche toutes deux nécessaires et complémentaires : les professionnels du secteur agro-alimentaire avec lesquels nous entretenons une grande proximité nous font remonter les impasses auxquelles ils sont confrontés et la recherche de solutions à ces impasses permet d’identifier des questions de recherche.

Je peux à tire d’exemple vous parler d’ECOCLEAN porté par un acteur du technopole ALIMENTEC (l’institut technique ACTALIA) et financé pour partie par le Fonds de Développement de la Recherche (FDR) du technopole Alimentec. Le projet a pour objectif la réduction de l’impact environnemental dans l’utilisation de produits de nettoyage et de désinfection en réduisant notamment la quantité d’eau consommée.

Je travaille plus particulièrement sur les biofilms microbiens qui contaminent les surfaces des outils de production et teste les procédures de nettoyage et de désinfection. Je m’attache également à caractériser ces procédures de nettoyage-désinfection et leur efficacité réelle.
En accroissant notre connaissance sur les risques microbiologiques réels représentés par les micro-organismes présents sur les surfaces des équipements, nous espérons contribuer à trouver le bon compromis entre réelle maîtrise de l’hygiène des équipements de production et l’application de procédures de nettoyage-désinfection conduisant à une surconsommation d’eau et de produits de nettoyage et désinfection.

Nous sommes aussi partenaires du projet LNC (levain naturels complexes), co-financé par le FDR. Nous vérifions si l’utilisation des levains naturels complexes obtenus en réutilisant le lactosérum issu de l’égouttage des fromages de la production précédente pour réensemencer le lait de la fabrication suivante, contribue à prévenir le développement de listéria dans les productions fromagères.

Finalement ces 2 projets illustrent bien les deux moteurs de ma passion pour la microbiologie alimentaire : la maîtrise de la qualité hygiénique des productions alimentaires et l’étude des produits fermentés traditionnels.

Je travaille également sur le thème des activités anti-microbiennes des huiles essentielles en collaboration avec des collègues vietnamiens et marocains. L’objectif est d’exploiter les propriétés antimicrobiennes d’huiles essentielles extraites à partir de plantes locales pour améliorer la conservation de produits alimentaires. Les plantes à partir desquelles les huiles essentielles sont extraites ont souvent des propriétés antimicrobiennes reconnues en médecine traditionnelle mais pas toujours scientifiquement démontrées ou insuffisamment caractérisées. Ce travail de caractérisation est nécessaire pour sélectionner des plantes qui soient sources des composés les plus actifs et pour les exploiter ensuite au mieux..

L’E-grain de Sel : Pouvez-vous nous faire part de vos projets ?

Je suis en ce moment impliquée dans la rédaction d’appels d’offres en vue d’acquérir divers équipements liés à la Plateforme Technologique Innovante ALIMENTEC. Avec l’appui de Fonds Européens de Développement Régional (FEDER), ces acquisitions vont permettre d’étoffer notre parc actuel afin de répondre au mieux aux demandes individuelles et collectives des laboratoires et des industriels sur le thème de la qualité et la sécurité des emballages et des aliments.

Nous travaillons également au montage du dossier de demande de renouvellement d’habilitation du laboratoire BIODYMIA par le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche pour les 5 ans à venir. Cette habilitation permet de garantir la qualité des prestations effectuées et nécessite donc de faire un bilan des projets montés, acceptés et publiés ou encore du devenir des doctorants formés au cours des 5 dernières années.

L’E-grain de Sel : votre péché mignon ?

Ma passion pour les bons produits alimentaires ! Au-delà de la fascination que j’ai pour l’ingéniosité des professionnels qui élaborent avec une passion communicative ce que je considère comme de beaux produits, je suis gourmande et apprécie de les consommer !
Manger est aussi un acte social, dans nos sociétés les repas sont souvent des moments de convivialité, dans mon parcours professionnel, j’ai aussi la chance que notre alimentation soit l’occasion de rencontres et ainsi d’une ouverture aux autres et au monde.
Les recherches en agro-alimentaire que nous menons se nourrissent d’un lien fort avec des produits locaux mais sont aussi très ouvertes à l’international : nous travaillons ainsi aussi bien sur le Reblochon fermier que sur un fromage italien traditionnel, l’Asiago ou encore sur le lait de chamelle avec des collègues tunisiens. Cette multiplicité des opportunités se retrouve aussi au niveau des lieux de stage de nos étudiants : si la moitié d’entre eux effectuent leur stage de technicien agro-alimentaire en France essentiellement dans des entreprises de la région, l’autre moitié effectue ce stage à l’étranger.
Je suis persuadée que de ces rencontres que font nos étudiants naitront des vocations et en suis très heureuse, car demain ce seront eux qui élaboreront nos aliments !

BIODYMIA
Technopole Alimentec
Rue Henri de Boissieu 01000 BOURG-EN-BRESSE
04 74 45 52 52
http://biodymia.univ-lyon1.fr